LA LIBERTÉ SOUS CONTRÔLE


LA LIBERTÉ SOUS CONTRÔLE

LA LIBERTÉ SOUS CONTRÔLE

Ce texte je l’avais rédigé en 2017.
Après avoir lu la déclaration des présidents Ouattara et Macron sur le franc CFA, il me semble toujours actuel. Je le remets ici. Le rappel est toujours important.
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J’avoue avoir une admiration envers les hommes politiques français lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts économiques et politiques dans certains pays d’Afrique. Ils sont imbattables dans ce domaine. Certains diront que c’est le « camp d’en face » qui n’apporte pas toujours une contradiction à la hauteur. Mais force est de reconnaître que cette fine manière de contrôler tout mouvement, toute contestation et tout débordement propres à porter atteinte aux intérêts de leur pays, relève du grand art. Chapeau Coqs gaulois!

Jugeons avec ces quelques faits tirés de l’histoire.

ESCLAVAGE : puisque le vent de la liberté souffle, que les résistances (révoltes et marronnages) s’amplifient, on crée le terme « abolitionnisme » pour dire que c’est le maître de l’esclave qui, dans un grand élan du cœur, « accorde » l’abolition, la liberté à l’esclave. Mais la discrimination, elle, est maintenue sous d’autres formes. On modifie la législation afin de préserver les intérêts des anciens propriétaires d’esclaves à qui des indemnités sont accordées. L’abolitionniste devient célèbre, le marron, lui, est relégué au second plan. Victor Schœlcher brille de mille feux, le résistant Cinqué patauge dans l’oubli.

COLONISATION : puisque vous voulez l’indépendance, prenez-là, disait De Gaulle dans un voyage au Sénégal en 1958. De Gaulle crée toutefois la « Communauté franco-africaine » et martèle devant son auditoire médusé que l’avenir est dans les « grands ensembles » (entendez l’union avec la France). De Gaulle venait d’ouvrir l’ère de l’indépendance sous contrôle. Le combat de Ruben Um Nyobé, mort assassiné, est « noyé » et on salue la « bonté » du colonisateur devenu libérateur.

DÉMOCRATIE : le ras-le-bol contre les dictatures en Afrique bat son plein et prend la rue. Sentant que le pouvoir de ses « amis » dictateurs fléchit, la France par la voix de son président François Mitterand, fait un grand discours : le fameux Discours de la Baule qui, soi-disant, va impulser la démocratie. Les « naïfs Africains », heureux de pouvoir s’isoler dans un isoloir pour voter, ne se rendent pas compte que c’est une démocratisation canalisée et seulement de façade. Mitterrand qui a su défendre avec ruse les intérêts français en maintenant ses « hommes » au pouvoir, apparaît comme le déclencheur de la démocratie en Afrique. Le « Discours de la Baule » devient célèbre. On oublie les multiples combattants africains de la démocratie et de la liberté.

CHANGEMENTS DE GÉNÉRATION : les jeunes Africains sont talentueux et veulent participer pleinement à la marche de leur pays. La France saute sur l’occasion et veut contrôler cette nouvelle débauche d’énergie afin que ses intérêts soient préservés. La Commission des Affaires Étrangères de l’Assemblée nationale française rédige un rapport le 6 mai 2015 et recommande aux autorités françaises de « se mettre en position de prendre en compte les changements de génération que vivent les pays d’Afrique et d’y être attentif. Les évolutions politiques et sociales sont le fait de la jeunesse de tous ces pays qui ne tolérera plus longtemps d’être marginalisée. Après les révolutions arabes, les révolutions africaines sont peut-être d’ores et déjà en train d’émerger, comme l’épisode burkinabè l’a montré il y a quelques mois, comme la jeune société civile sénégalaise [Y en a marre] l’a aussi démontré auparavant…C’est avec cette Afrique-là que notre pays doit être en contact. Les élites de demain en font partie. Notre présence et notre influence sur le continent dépendent de la qualité de la relation que nous saurons dès à présent nouer. Pour autant, il ne s’agit évidemment pas de couper les liens avec les générations encore en place. D’autant moins qu’elles se plaignent d’être délaissées, en manque de visites de haut niveau ».

Ainsi en défendant ses intérêts, la France se présente comme le pays qui accompagne les jeunes « leaders » africains dans leur lutte pour une Afrique meilleure.

FRANC CFA : les manifestations contre la monnaie coloniale se multiplient en Afrique et dans les villes du monde. Sentant la colère monter, le président français François Hollande affirme à son homologue ivoirien qu’il est ouvert à toutes les propositions. Son prochain discours à la réunion des Ministres de la zone franc CFA qui se tiendra en avril prochain à Abidjan est très attendu.
Qui sera encore le dupe dans cette histoire du F CFA? Qui sera célébré? Qui sera oublié? Quelle nouvelle ruse va-t-on encore mettre en place pour garder le contrôle sur le gouvernail?

Cette longue histoire n’est que celle de LA LIBERTÉ SOUS CONTRÔLE.

Contribution : Malick Ndiaye – Montréal



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