MOURIDISME ET NATIONALISME


MOURIDISME ET NATIONALISME

MOURIDISME ET NATIONALISME

La prégnance et la contemporanéité du message de Serigne Touba, sa douce maîtrise du livre saint, qu’il décrypte en des poèmes sublimes ( khasaides), sa vie à la fois tumultueuse et apaisée, sa grande spiritualité , participent, depuis plus d’un siècle, à l’expansion pacifique de l’islam dans le monde. Nous allons ici évoquer, trois dimensions sublimes du Mouridisme qui expliquent e son universalité, son humanisme et son nationalisme.

Tout d’abord et avant tout le mouridisme est une obéissance absolue, à la parole et aux recommandations divines, consacrées par le saint coran. Il est une tautologie, dans son acception logique,  » c’est à dire une proposition vraie quelque soit la valeur de vérité de ses composants  »

Le Mouridisme tend à la maîtrise parfaite de toutes les activités humaines, apporte une réponse spirituelle majeure à l’ensemble des interrogations sur les mystères de la création et la vie des hommes sur la terre qu’il apaise fondamentalement et rend plus fort .

L’itinéraire sacré de la vie de Cheikh Ahmadou Bamba en est une édifiante illustration qui fonctionne, à chaque instant,comme un livre ouvert où chaque être humain, de partout et sans exclusive, peut puiser à l’infini et éclairer son chemin.

Ce cheminement, historique, est fait d’une spiritualité achevée, d’un amour profond de la terre natale et des hommes qui y habitent, d’une reconnaissance absolue de la fraternité musulmane, d’un courage inspiré, du refus sourcilleux de l’oppression, des souffrances transcendées et il reste, sans frein et sans limite aucune, empreint de cette bénédiction divine dont il avait fait son credo et qui sous-tendait sa puissance.

Le Mouridisme est aussi une discipline, un hymne à l’effort et au travail à qui il trouve une vertu cardinale en les opposant , farouchement, à l’inaction et à la paresse. L’administration coloniale était stupéfaite de cette « modernité « en écoutant la traduction des magnifiques et spirituels poèmes et les sermons, d’inspiration divine, que Khadimou Rassoul ( l’humble serviteur du Prophète psl ) distillait aux foules, de plus en plus nombreuses, qui se pressaient autour de lui et comment il abhorrait, la négligence, le désordre, la saleté, la médisance, le mensonge, la méchanceté, la haine et fustigeait tous les travers humains en proposant, à tous ceux qui venaient vers lui, la voie du salut.

Le Mouridisme est enfin, dès ses premiers pas, et on ne le dit pas assez, un combat contre les forces obscures du mal qui accompagnent ceux qui sont partis de chez eux librement, se sont imposés chez nous « par la force des baïonnettes  comme dirait Mirabeau » ; Ceux qui se sont organisés pour nous asservir, nous dominer, nous humilier et nous exploiter , par le mensonge , le mépris et la haine.

Le 4 septembre 1957 , trois ans avant la fin de l’ignominie coloniale, Mamadou Dia , avec les mots d’une puissance incommensurable ,dont il avait le secret ,dans une improvisation inspirée et devant Serigne Falou Mbacke , Khalife général des mourides, un jour de Magal , avait montré comment Serigne Touba, résistant sourcilleux, avait influencé, d’une manière magistrale, le nationalisme Africain .

L’administration coloniale l’a entendu glorifier l’indépendance du saint homme  » à l’égard de César hors de laquelle aucune spiritualité ne peut s’épanouir  »  Il a poursuivi avec cette prose révolutionnaire  » Touba est donc bien, pour nous, le lieu où a triomphé l’esprit de résistance et la dignité sénégalaise  » et puis  » la dignité d’un homme et d’un peuple se conquiert mais ne s’achète pas. »

La hargne de Jacques Foccart , conseiller du Général De Gaulle pour les affaires africaines et malgaches et de Charles Henri Galinca , tout puissant président de la chambre de commerce de Dakar , vis à vis de Mamadou Dia , ont pris leur source dans la puissance de ces mots à Touba, la sainte.

La France coloniale était décontenancée par la dynamique de refus du saint homme, son humilité, ses mots d’une spiritualité achevée , son courage , sa détermination, la densité et la discipline des foules qui buvaient ses paroles sacrées.

La métropole, qui tenait à l’Afrique noire comme à la prunelle de ses yeux, qui avait besoin des immenses ressources de son sous sol pour se développer, redoutait particulièrement les effets de contagion dans les territoires , sous sa domination , et complotait contre khadimou Rassoul .

Parfaitement conscient de l’extrême danger que représentait pour l’ordre colonial , la présence sur le territoire sénégalais du grand marabout et les risques d’une agitation révolutionnaire et ses conséquences désastreuses sur la domination et l’exploitation , il ne restait pour la France que l’exil forcé au Gabon, dans des conditions qui excluaient tout retour.

C’est ce départ paradoxal , le 21 septembre 1895 , dans la précipitation et en catastrophe, les forces coloniales étant inquiets et désemparées , les autorités du territoire aux abois, que nous glorifions depuis 114 ans et qui marque un moment historique unique dans la vie de notre nation.

Nous sommes conscients aussi, que cet exil imposé par la France, sous l’air des lampions et le cliquetis des armes et à qui Serigne Touba oppose, lucidement , la sacralité du coran , est un des moments les plus féconds de l’histoire de l’islam.

Cet éloignement forcé, consacre l’inhumanité de la puissance occupante , mais en même temps une faiblesse et une impuissance majeure , devant cet homme simple mais indomptable , dont les poèmes dédiés au prophète Mohamed(psl ) pouvaient « soulever les montagnes et inonder les déserts ».

A. YAKHADIEUF



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